Nintendo Switch : deux mois avec la console hybride

La Nintendo Switch a vu le jour le 3 mars et après une longue hésitation (J’achète ? J’achète pas ? J’attends Mario ? J’attends un éventuel Metroid Prime 4 ?), j’ai fait ce que fait tout bon fan de Nintendo qui hésite : je l’ai quand même précommandée day one pour un seul jeu, parce que Nintendo. Deux mois après, je considère toujours que c’était une folie, dont je suis malgré tout satisfait.

Libérez les consoles !

Nous vivons dans un monde de plus en plus mobile. Et pourtant, alors que j’écris ces lignes, je jette un œil à mon meuble TV et je vois trois consoles côte à côte : une PS4, une Xbox One, et une Wii U. Pourquoi pas une seule ? Parce que, malgré les oiseaux de mauvaise augure qui prévoient la fin du constructeur depuis 5 ans, Nintendo ne produit toujours pas de jeux pour d’autres consoles que les siennes, et que le jour où Microsoft et Sony arrêteront leur guerre des exclus, temporaires ou non, n’est pas encore arrivé.

Mais surtout, pourquoi ces consoles sont elles prisonnières de mon salon et de mon téléviseur ? Pourquoi la seule façon de jouer à Uncharted 4, Rise of The Tomb Raider ou The Last Guardian, en 2017, est-elle de m’enchainer à mon canapé ?

Parce qu’on a décidé que les consoles portables, ça ne marchait plus. En tous cas pas très bien. Pourtant, je vous ai parlé des trois consoles qui trônent dans mon salon, mais pas de mes deux préférées : ma 3DS XL et ma PS Vita. Celles qui m’accompagnent partout, celles que je peux allumer, utiliser une heure ou quelques minutes et reposer. Sans avoir à ne faire qu’un avec mon Kivik.C’est d’ailleurs la PS Vita qui m’a remis aux jeux vidéo. Parce qu’elle m’a fait toucher du doigt mon rêve : jouer aux mêmes jeux dans mon salon et en mobilité. Grâce aux mécanismes de cross play et cross save de Sony, on peut jongler entre sa Vita et sa PS4 sur un nombre non négligeable de titres indépendants. Hotline Miami, Olli Olli, Guacamelee,  Shovel Knight ou les remakes de Grim Fandango ou Day Of The Tentacle sont autant de jeux qui ont tâté autant de ma Dual Shock 4 que des boutons de ma Vita, et que j’ai même souvent préférés en mode portable. Et tant pis si la console a effectivement été un échec commercial et si son potentiel a été sous exploité : la Vita a réussi sa seconde vie de « console à jeux indés ».

Nintendo Switch 10

Et de l’autre côté de ça, il y a Nintendo. Dont la 3DS XL est mon autre console préférée, là encore parce qu’elle est la seule à me permettre de jouer à des chefs d’oeuvre comme Super Mario 3D Land, des versions revisitées de classiques comme The Legend of Zelda : Ocarina of Time ou même pas revisitées du tout, car je fais partie de ces gens bizarres qui achètent des jeux Virtual Console.

C’est là le drame de Nintendo : outre la qualité de ces jeux, et le fait que quoiqu’on en dise, je regretterai la 3D sans lunettes, le couple Wii U/3DS est à l’origine de la pire expérience que j’ai eue à m’infliger ces dernières années. Ou comment sortir une console dont le contrôleur est une tablette qui ne peut pas bouger de la maison, et une portable dont le processus d’achat de titres dématérialisés est un cauchemar.

Et ne parlons pas de ponts entre les deux logithèques : bien que les mêmes jeux indépendants et titres rétro soient disponibles sur les deux, il n’est pas question d’acheter un jeu pour les deux systèmes, ou même de synchroniser les sauvegardes de l’un à l’autre. Typiquement, j’aurais préféré acheter Shovel Knight sur 3DS. Ce qui m’a découragé ? Le fait de ne pas avoir droit à la version Wii U, alors que c’est le cas chez Sony.

La console hybride parfaite ?

Heureusement, le big N a fini par entendre le message, et sortir avec la Switch la console hybride qui pourrait bien concrétiser le rêve, même s’il y a encore du travail.

Depuis sa sortie, la question se pose : est-ce une console de salon que l’on peut emporter avec soi, ou une portable que l’on peut brancher sur sa TV ? Et il est impossible d’y répondre sans botter en touche, tant Nintendo a tenté de viser pile au milieu.

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Cette recherche du juste équilibre entraine ses compromis. La Switch est une console plutôt volumineuse pour une portable, et la première à intégrer un ventilateur, qui se fait parfois entendre. Son processeur NVIDIA Tegra est censé ne pas consommer trop pour garantir une autonomie suffisante (elle est tout de même limite), tout en étant assez puissant pour que la Switch ne soit pas ridicule face à une PS4 ou une Xbox One (elle l’est quand même un peu).

Mais c’est surtout par son concept même que Nintendo a cherché un compromis aussi intéressant que rebutant. La Switch est censée s’utiliser de trois manières différentes : en mode portable « classique », en mode TV, console posée dans sa station d’accueil, ou en mode « table », tablette posée sur une surface, et surélevée par sa béquille intégrée.

Les deux ensemble stick/boutons, les Joy-Con, se détachent pour devenir des manettes indépendantes, que l’on peut accrocher à un grip pour les transformer en pad , ou utiliser indépendamment, un dans chaque main.

Nintendo Switch 2

Les Joy-Con sont également censés se suffire à eux-mêmes en les utilisant à l’horizontale, et permettre le jeu à deux, dans la mesure du possible vu leur petite taille.

Et c’est là qu’on atteint des compromis proches de la contorsion. Pour ce faire, il faut que chaque Joy-Con dispose d’un stick et de 4 boutons séparés. En conséquence, pas moyen de disposer d’une croix directionnelle sur la Switch, une première depuis les antiques Game’n’Watch ! Les 4 boutons gauches peuvent faire office de croix, mais ils sont trop espacés pour que ce soit vraiment confortable.

Bref, le concept de la Switch est à la fois d’une grande intelligence, et d’une telle complexité qu’on a l’impression que la console ne peut jamais exceller dans un de ses deux modes.

Relativisons.

D’abord, même si certains prétendent qu’elle se tord sous la chaleur, on peut très bien placer la Switch dans son dock, acheter un Pro Controller, et ne plus jamais la sortir de sa station. Le Pro Controller, manette plus traditionnelle vendue séparément, est trop gros à mon goût, mais il dispose d’une bonne prise en main, de sticks analogiques plus amples et, oui, d’une croix directionnelle.

Ensuite, les Joy-Con sont détachables, et moi je suis persuadé qu’une paire de Joy-Con Pro sortira à l’avenir, dotée d’une croix (et si possible, de boutons colorés façon SNES, merci d’avance !).

Les jeux, donnez moi les jeux !

Tous ces détails s’estompent une fois la console en main. Parce qu’il y a des jeux. Et parce qu’on y est. On est en train de jouer à The Legend of Zelda : Breath of The Wild, un des futurs classiques de ces 15 dernières années sur son téléviseur. Puis la console entre les mains. Puis sur son téléviseur. Ça bascule en quelques secondes, avec un système ingénieux et transparent pour passer d’une manette à l’autre. On n’est plus enchainé à son canapé.

Zelda Breath Of The Wild 1

Zelda n’est pas le sujet de cet article, mais il est typiquement le genre de titre que j’aurais lâché au bout de quelques heures, parce que je n’aurais jamais eu le temps ni l’envie de me consacrer à un monde ouvert aussi vaste. Je le sais : ça fait un an que j’essaie de ne pas abandonner The Witcher 3, et j’en suis toujours au début.

Zelda Breath Of The Wild 2

Je n’ai pas tenu de décompte, mais je suis prêt à parier que s’il n’était pas portable – si je l’avais acheté sur Wii U par exemple – je n’aurais pas consacré le tiers du temps que j’ai déjà englouti dans BOTW.

Idem pour Mariokart 8 Deluxe. Oui, c’est un remake, d’un jeu que j’avais déjà acheté sur Wii U. Mais le fait est que je n’y ai presque pas touché, l’interface calamiteuse de la console de salon étant systématiquement un frein. Tout ce qui sépare le joueur de l’écran de démarrage est une plaie, là où l’interface de la Switch est beaucoup moins intrusive. Et même si Mariokart 8 est un des rares à utiliser le Wii U Gamepad de manière à peu près cohérente, on ne sait décidément jamais quoi faire de cette grosse tablette.

Mariokart 8 Deluxe1

Mariokart 8 n’a pas été fait pour une console portable à la base, mais il s’y prête mieux dans à peu près toutes les circonstances. Qui plus est en tournant non seulement aussi bien que sur Wii U, mais même un peu mieux. Sur la télé, c’est évidemment un régal, mais sur portable, c’est un fossé qui le sépare de Mariokart 7 sur 3DS.

Évidemment, le cas de figure dont j’étais le plus curieux était le jeu à deux en mode portable, un Joy-con pour chaque joueur. Et là encore ça passe. Certes, ça n’est pas parfait. Le plus décevant vient de la béquille. C’est une horreur. Elle est là, et c’est tout ce qu’il y a à dire dessus. Si vous comptez jouer dans cette configuration, investissez dans un support.

Mariokart 8 Deluxe2

La prise en main des Joy-con, en mode n’est pas idéale. L’un d’entre eux intègre un stick forcément trop centré (ils ne sont pas symétriques), et il n’est pas rare de glisser par inadvertance sur un bouton périphérique. OK. Mais ça marche. Ça n’est pas parfait, mais on s’amuse, avec une seule console, sans avoir à acheter de manette supplémentaire. Hors bundle ou promotion, je ne me souviens pas avoir pu disposer de ce luxe depuis ma Super NES en 1992.

Briser la spirale de l’échec

À ces deux sorties majeures, je devrais ajouter quelques indépendants aussi révélateurs des forces de la Switch que de ses faiblesses. On a souvent pointé du doigt la maigreur du catalogue au lancement. Et c’est vrai : les deux blockbusters de la console sont un jeu qui aurait du voir le jour sur Wii U et une version Deluxe de son plus gros succès.

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D’autres comme Splatoon 2 ou Super Mario Odyssey arriveront d’ici la fin de l’année, mais l’incertitude demeure : la Switch prendra-t-elle du côté des développeurs tiers ? La bonne nouvelle, c’est que Nintendo a eu l’intelligence de rallier nombre d’indépendants à sa cause ; de quoi tenir pendant la période de lancement. Et en deux mois, j’en ai déjà bouclé un (Wonder Boy : The Dragon’s Trap, j’y reviens prochainement !) et entamé un autre puisque Shovel Knight : Specter of Torment, encore lui, m’a fait de l’oeil sur le eShop.

Mariokart 8 Deluxe3

La question est de savoir si la Switch sera un énième « lecteur de jeux Nintendo » doublé d’une portable à indés façon PS Vita, ce qui serait déjà convenable. Ça, en dehors de quelques promesses (Skyrim, FIFA…) on n’en sait trop rien. Après tout, la Wii U avait également démarré avec le soutien d’éditeurs comme Ubisoft, avant qu’ils ne jettent l’éponge. A la décharge de Nintendo, si on associe l’échec de la Wii U à l’absence de gros jeux d’éditeurs tiers, on oublie un peu que la Wii, énorme succès commercial, n’en bénéficiait pas beaucoup plus.

Le switch est-il réussi ?

Acheter une Switch les yeux fermés était une folie. Ces deux mois passés, la Switch est-elle la console hybride de mes rêves ? Je dirais qu’il lui reste encore du chemin à faire, même si cette première version en accomplit déjà une bonne partie.

Nintendo a réussi à sortir une console au concept ingénieux, à l’interface simple et accessible (après la Wii U, c’est un exploit !), et le potentiel est là. Même si technologiquement, c’est l’équivalent d’une console de génération précédente, les limitations graphiques sont largement compensées par le plaisir de pouvoir alterner entre le salon et la mobilité.

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En trichant un peu avec un catalogue en grande partie issu de la Wii U, la Switch bénéficie tout de même à son lancement de deux excellents jeux, et les indépendants permettent de patienter. L’incertitude demeure sur les sorties futures, mais je ne m’attends pas de toute façon à ce que la Switch remplace totalement mes deux autres consoles. Si elle parvient à trouver une niche satisfaisante financièrement pour Nintendo, la situation actuelle me convient : une PS Vita qui n’aurait pas perdu le soutien de son constructeur.

Finalement, mon plus gros doute concerne la console elle-même : la Switch que je tiens entre mes mains sera probablement remplacée, dans un futur pas si lointain, par une version revenant sur ses défauts. Peut être avec une meilleure autonomie, des manettes plus ergonomiques, une meilleure expérience en mode table… C’est le lot des early adopters, et Nintendo nous y a habitué, de la première Game Boy à la 3DS.

En attendant la New Switch, la Switch XL et la Switch Lite, je vais faire avec ce premier jet bourré de défauts, et voir le côté positif des choses : malgré son autonomie limitée, le fait que je la recharge très souvent est un bon signe. Ce matin, en rebranchant ma PS Vita, dont la seconde vie est en passe de s’achever, elle n’avait même plus la date et l’heure en mémoire !

3 commentaires sur “Nintendo Switch : deux mois avec la console hybride

  1. Très belle synthèse du produit . Mon avis c est que le succès potentiel repose sur l agressivité marketing de Nintendo qui a depuis les années 80 séduit des générations d enfants. Une fois de plus on est à la fois des privilégiés dans la mesure où mario n à jamais quitté les produits Nintendo et prisonnier de cet univers . Les produits sont tout de même assez cher et s adressent en priorité a de petites têtes blondes qui vont faire des colères pour obtenir chaque mois les nouveaux jeux de leurs héros . Ça risque de crier dans les foyers !!! 😉😉😉😉mais mario kart dernière génération ça reste toujours un super événement .

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