Depeche Mode : Cover Story #2 (1986-1990)

Depeche Mode, en 37 ans de carrière, a sorti 14 albums. Chacun d’entre eux raconte une histoire d’une certaine pop électronique. Dans Cover Story, on retrace cette histoire via les pochettes de ces albums, à l’heure où les pochettes ne sont souvent qu’un carré de 500 x 500 pixels sur un écran. Après les débuts, voici l’heure de la maturité et d’un succès inattendu outre atlantique. Comme quoi, tout est question de timing.

Résumé des épisodes précédents

Depeche Mode a débarqué avec ses synthés sous le bras à l’orée des années 80. Après un premier album prometteur, le compositeur de toutes les chansons, Vince Clarke, se barre. Le groupe continue et grandit. Nous avons laissé nos héros aux portes du succès international avec un premier tube au titre universel. Entretemps, Depeche Mode a sorti un best of, mais sa pochette est inintéressante (à ceci près que pour une fois on y voit le groupe poser) et de toute façon je ne l’ai pas à dispo pour prendre des photos.

Lire les autres épisodes de la Cover Story Depeche Mode :

Depeche Mode : Cover Story #1 (1981-1984)
Depeche Mode : Cover Story #3 (1993-2001)
Depeche Mode : Cover Story #4 (2005-2017)

Black Celebration (1986) : la vie à la soit disant ère spatiale

Que fait un groupe anglais des années 80 qui sort d’une série de tubes et à qui tout sourit ? Eh bien il fait comme d’autres groupes anglais en 1986 : il sort un album qui ne marche pas. Black Celebration est, artisitquement, le premier album complètement réussi de Depeche Mode. Il consacre le talent d’auteur/compositeur de Martin L. Gore, qui signe là quelques unes de ses meileures chansons (A Question of Lust, Stripped, A Question of Time, Fly On The Windscreen…), et ses plus personnelles. Et la production, toujours signée par le groupe, Daniel Miller et Gareth Jones, est encore plus radicale et avant gardiste. Mais il n’y a pas de vrai tube.


Vendre un album aussi sombre et intime, sorti de People are People, n’est pas simple, et quand on a l’idée de représenter une mégalopole totalitaire sur la pochette, ça n’aide pas. Surtout quand la maquette de l’immeuble réalisée pour l’occasion est complètement ratée.


La pochette du coup, est réhaussée de pictogrammes, encore eux, pour animer cette photo triste et floue. C’est d’ailleurs la fin de la période « belles photos plein format » : la plupart des pochettes suivantes utilisant plutôt des élements graphiques ou des écritures manuscrites. Un slogan orne une fois de plus le verso : « Life in the so called space age ».


Black Celebration est le dernier album politisé de Depeche Mode avant longtemps. L’écriture de Martin, qui chante lui-même quatre chansons, un record, interroge de plus en plus l’âme et la nature des relations, sexuelles ou pas. Mais avant de ranger les bannières, le groupe livre New Dress, un pavé contre la désinformation qui influe sur les élections. Une chanson encore tristement d’actualité.

Music For The Masses (1987) : haut parleurs rouges et idées noires

Le 6e album de Depeche Mode s’intitule ironiquement Music For The Masses, alors que le groupe est en perte de vitesse commercialement, plus proche d’un culte d’initié que d’une grand messe. Et pour diffuser sa musique, Brian Griffin et Martin Atkyns imaginent un inquiétant canal : des mystérieux haut parleurs rouge disséminés à travers ce qui semble être un pays d’Europe centrale. La propagande de DM glisse sur les grands espaces et les centrales nucléaires.


Entretemps, Depeche Mode a fait la connaissance du photographe Anton Corbijn, le premier réalisateur à ne pas les prendre pour des imbéciles, et à leur façonner une image sombre et sexy, à base de clips granuleux et décalés en noir et blanc. Les haut parleurs de la pochette y font des apparitions, assurant la transition avant le putsch de Corbijn sur les albums suivants.


Un peu plus accessible et plus rock que Black Celebration, Music For The Masses introduit la guitare comme instrument récurrent, dans des riffs simplissimes mais efficaces agrémentant Never Let Me Down Again ou Behind The Wheel. Alors que la Grande Bretagne continue à bouder les singles depuis 1986, c’est sans doute cette dose de rock’n’roll qui va, de manière inattendue, façonner le carton de l’album aux Etats Unis.

101 (1989) : Get your kicks on Route 66

Le rêve américain de Depeche Mode est aussi improbable que finalement prévisible. Alors que les Etats Unis se pâment également devant U2 et son Joshua Tree, Depeche Mode est le U2 des ados un peu différents. Un groupe un peu avant gardiste mais toujours accessible. Electronique mais avec une énergie rock. Et le pincement de nez qui prévaut encore en Europe (« Des pèdes moches », disent les fans de « vraie musique » en France) n’existe pas aux Etats Unis, où Depeche Mode est vu comme un groupe alternatif.


101 est un album live, que j’ai hésité à inclure dans cette rétrospective, mais il en dit autant sur l’histoire du groupe que les albums studios. Enregistré au Rose Bowl de Pasadena, il constitue une première visuellement : la pochette est signée Anton Corbijn, qui a désormais le quasi monopole de l’image du groupe. L’album inclut, en vinyle comme en CD, un livret de photos en noir et blanc, floues pour la plupart comme le veut le style du photographe.


Avec la compilation The Singles 1981-85, c’est aussi une des rares pochettes qui montre leurs visage au recto. Ce n’est pas directement le groupe qui est photographié, mais, humour grinçant de Corbijn oblige, les posters et t shirts du stand merchandising. Un écho à la scène du docmentaire associé, réalisé par D.A Pennebaker (Woodstock, Don’t Look Back…), où les comptables brassent les recettes dudit stand avant Everything Counts. TONS OF MONEY !

Violator (1990) : Words like violence…

Débarrassé de son image de groupe pop adolescent, il reste à Depeche Mode de sortir son chef d’oeuvre, le classique qui cimente leur réputation.


Ce sera Violator, un album dont l’électro froide et minimaliste, mixée avec précision par François Kevorkian, rencontre des guitares blues. Sexy, cynique et incroyablement moderne, Violator signe la fin des années 80, porté par les fabuleux Personal Jesus et Enjoy The Silence qui deviennent instantanément les Sympathy For The Devil et Satisfaction de Depeche Mode.


L’image made in Corbijn est parfaite. Epurée, la pochette de Violator se dessine autour d’une rose rouge sur fond noir. Le photographe introduit un élément iconique : le recours à l’écriture calligraphiée qui se mêle encore ici à une police beaucoup plus stricte pour le nom du groupe.

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L’image résolument cool des membres est désormais distillée en décalage total avec ce que voudrait l’iconographie rock classique : leurs visages sont cantonnés à de toutes petites vignettes en noir et blanc disposéees dans un coin.

cof

Un humour noir et une distance qui transpire également dans les textes doux amers de Policy of Truth ou Halo, et qui va disparaître sur l’album suivant, où Depeche Mode, par l’entremise de leur Jesus défoncé de chanteur, va complètement embrasser le statut de rock stars classiques. Mais ça, on en parlera dans le prochain épisode !

Bonus : la playlist Cover Story

Une sélection dominée par les titres que je n’arrive pas à séparer tant ils s’enchainent naturellement. Everything Counts renvoie au passé de Depeche Mode, mais en tant que single extrait de 101, et final emblématique du film de D.A Pennebaker, il vient réconcilier le Depeche Mode des débuts et l’énergie de plus en plus rock de cette période.

  1. Never Let Me Down Again (1987)
  2. The Things You Said (1987)
  3. It Doesn’t Matter Two (1986)
  4. A Question Of Time (1986)
  5. Stripped (1986)
  6. Halo (1990)
  7. Sweetest Perfection (1990)
  8. Nothing – Live (1989)
  9. Behind The Wheel (1987)
  10. Personal Jesus (1990)
  11. Enjoy The Silence (1990)
  12. Everything Counts – Live (1989)
  13. New Dress (1986)

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Lire les autres épisodes de la Cover Story Depeche Mode :

Depeche Mode : Cover Story #1 (1981-1984)
Depeche Mode : Cover Story #3 (1993-2001)
Depeche Mode : Cover Story #4 (2005-2017)

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