Test de Sonic Mania : le hérisson bleu ravivé par ses fans

Sonic Mania ravive la flamme du hérisson bleu avec un remake/remix détonnant des premiers jeux, nettoyé, modernisé, réinventé par Christian Whitehead, développeur fan adoubé par Sega.

Sonic Mania 1

Console Wars

Dans l’histoire du jeu vidéo, il n’est pas facile d’être Sega. Le constructeur de consoles qui a du abandonner les consoles. L’entreprise tiraillée entre ses divisions japonaises et américaines qui se tiraient dans les pattes, comme le raconte à merveille l’excellent livre Console Wars. Le challenger de Nintendo, à qui il est arrivé d’être vainqueur, mais toujours sur le court terme, avec la mauvaise stratégie, celle qui consiste à dépeindre son concurrent comme un marchand de jouets ringards et infantiles. Sega, c’est pour les vrais, c’est pour les jeunes cool qui boivent du Pepsi et portent des Nike. Sega, c’est Sonic, la mascotte impertinente et insolente, qui tape du pied dès qu’on le laisse inactif plus d’une seconde, qui fonce, qui saute, et… qui perd tous ses anneaux en s’empalant droit sur des piques, DRIIIIIIIIIIIIING.

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Rien, au fond, ne symbolise davantage la défaite de Sega que Sonic. Enfin Sonic, et le fait que Nintendo a toujours du mal à fabriquer assez de consoles pour satisfaire la demande en 2017. Ce n’est pas que les Sonic étaient de mauvais jeux. Les originaux, les trois premiers et Sonic CD sont de très bons jeux de plateforme. J’avais une Mega Drive en 1991, j’ai attendu et adoré Sonic The Hedgehog. C’est juste qu’ils étaient « de leur époque ». Et que leurs successeurs, presque tous horribles, n’ont rien fait pour préserver leur héritage.

Sans déconner, vous avez rejoué à Sonic Adventure récemment ? Entre les caméras capricieuses, les cinématiques atroces, le « scénario » qui donne envie de se taper la tête contre les murs et les multiples personnages dont on se fiche PARCE QU’ON A ACHETE UN FICHU SONIC et pas « Gros Robot Chat Adventure », le temps n’a vraiment pas été favorable à ce jeu comme à peu près tous ceux qui ont suivi.

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Pourtant, plus de 10 ans après avoir joué à mon dernier épisode (Sonic Rush sur DS), j’ai acheté Sonic Mania les yeux fermés. Je l’attendais, même. Pourquoi ? Parce qu’entre temps, Christian Whitehead est arrivé.

Les fans reprennent le contrôle

Ce développeur australien a eu l’idée assez folle de créer un moteur permettant notamment de réaliser, de zéro, un remake de Sonic CD. Nintendo aurait sauté dessus avec un maillet et fait fermer le projet. Sega a fini par être intéressé à le sortir officiellement, et donner à Whitehead la possibilité d’enchaîner sur des rééditions de Sonic 1 et 2 pour iOS et Android.

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Ces remakes, j’en ai déjà parlé, témoignent d’un travail méticuleux de recréer de la manière la plus fidèle possible les Sonic originaux, tout en s’affranchissant des limitations de la plateforme initiale. De magnifiques remasters nettoyés, adaptés au format 16/9e (ou 4/3 sur tablettes), agrémentés de subtiles améliorations graphiques (gestion de la transparence, rotations fluides…) et dotés d’un système de sauvegarde atténuant la frustration liée aux anciens, qui appartiennent encore à cette génération de jeux où il fallait GAGNER ses Continue.

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Mais en parlant de frustration, elle finit par revenir, lorsque l’attente du remake de Sonic 3 débuta… Pour ne jamais s’achever. Sega ne voulait pas d’un Sonic 3 mobile. Mais n’en avait pas terminé avec Whitehead pour autant. Accompagné de Headcannon et PagodaWest Games, d’autres programmeurs, level designers et musiciens fans du hérisson, Christian Whitehead a repris du service sur un Sonic cette fois inédit.

Sonic Mania : le vrai Sonic 4 ?

Quelque part, Sonic Mania est le Sonic 4 que l’on attendait,  à ceci près qu’il commence comme Sonic 3, pour rapidement basculer dans la quatrième dimension : nous voilà revenus dans la Green Hill Zone, le premier niveau de Sonic The Hedgehog.

Sonic Mania 15

Le jeu plante le décor et on déduit immédiatement le concept : tout est pareil, mais tout est différent. Les décors sont là, la musique est là. Mais les parcours, légèrement différents dans l’acte 1, deviennent carrément farfelus dans l’acte 2. On tient Sonic Mania : c’est un remix barge, mélange de niveaux de Sonic 1, 2, 3 et CD, de nouveaux stages inspirés de prototypes, et d’aptitudes héritées de Sonic 3.

Sonic Mania 11

C’est de plus en plus fou à mesure que l’on progresse. Et surtout, malgré la difficulté et la marque de fabrique Sonic (perdre le contrôle, puis tous ses anneaux), on s’accroche. On n’a plus à chasser les Continue. C’est Sonic, sans la frustration, c’est de la Megadrive dopée sans clignotements de sprites ni ralentissements. C’est, comme Shovel Knight, un jeu de plateforme des années 90 tel qu’on se rappelait, et non tel qu’il était vraiment. Les graphismes ont un look Mega Drive, mais une bonne partie de ce qui se passe à l’écran aurait été tout simplement impossible à reproduire sur la console 16 bits.

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Les animations de Sonic sont beaucoup plus détaillées, avec rotations des sprites dans les loopings, les arrière-plans beaucoup plus riches se chevauchent, parfois agrémentés de déformations ou d’objets 3D. C’est, disons, ce qu’aurait pu être Sonic 4 sur une console toujours orientée 2D mais beaucoup plus puissante. Ceux qui trouveraient le rendu pixellisé en full HD (voire 4K native sur PS4 Pro !) trop raide pourront appliquer un filtre CRT plutôt réussi, avec deux options, plus nette ou plus douce.

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Ca ressemble à Sonic, ça comme Sonic, ça se joue comme Sonic

Cette impression de nostalgie fantasmée se reflète également dans la bande-son. Là encore c’est un fan à l’oeuvre : Tee Lopes réalisait déjà des remixes des thèmes de Sonic depuis des années sur YouTube. Sa bande-son est complètement fidèle à l’esprit des premiers épisodes, comme si on avait greffé à la Mega Drive une puce sonore beaucoup plus performante. Les effets, eux, sont inchangés et pour cause : ce sont eux qui renvoient la touche de nostalgie. Les bruits de saut, de dash et de perte des anneaux si caractéristiques se mélangent parfaitement aux thèmes remixés. Ca sonne comme Sonic !

Et est-ce que ça se joue comme Sonic aussi ? Là dessus, on n’avait aucun doute : les remakes de Sonic 1 et 2, pour peu qu’on les contrôlât avec une manette, étaient proches de la perfection. En fait, cela va surtout dépendre de votre plateforme de prédilection. Personnellement, c’est sur Switch que j’ai testé Sonic Mania, et il faut bien admettre que les Joy-con ne sont pas ce qu’il y a de plus adapté. Les boutons de la manette gauche me font toujours regretter l’absence d’une vraie croix directionnelle Nintendo. Le stick analogique fonctionne dans 95% des cas, mais les 5% restant occasionnent des dash incontrôlés, pas aussi pénibles que les touches tactiles de la version mobile, mais pas parfait non plus. Aucun problème, en revanche, avec le Pro Controller et, j’imagine, avec une manette Xbox One ou PS4.

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Il y a bien entendu des moments où on se dit que décidément, Sonic, ce n’est pas Mario, que ça manque de profondeur, que l’on finit par quitter le jeu de plateformes pour le ride en montagne russe ou la partie de flipper, et que Tails est un gros loser. Mais débarrassé des frictions les plus irritantes de ses prédécesseurs, Sonic Mania est un peu plus qu’un jeu de niche pour les nostalgiques des années 90.

Verdict : oui !

La dernière fois que j’ai mentionné Sega, c’était pour démonter leur initiative Sega Forever et ses émulations mal optimisées. Rendons à Sega ce qui lui appartient, d’ailleurs : il faut admettre qu’ils ont corrigé le tir avec des mises à jour, et les jeux sont désormais parfaitement fluides.

Peut-être que l’accueil réservé à Sonic Mania leur a rappelé à quel point leur catalogue est chéri, et qu’il est important de le traiter avec respect et fidélité. Sonic Mania fait encore plus que ça : il réalise une sorte d’uchronie, où Sonic 3 aurait eu un successeur barré, mais retenant l’esprit original intact, plutôt que la suite de titres plus ou moins embarrassants qui ont manqué d’achever l’image du hérisson bleu. Comme Wonder Boy : The Dragon’s Trap, mais avec une approche sensiblement différente, une déclaration d’amour de vrais fans. Comme quoi, il vaut mieux les écouter et les embaucher plutôt que les poursuivre en justice.

 

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